Les cybercriminels, des blanchisseurs comme les autres ?

Les cybercriminels, des blanchisseurs comme les autres ?

En fin de cycle de blanchiment, dans quels types d’activités les cybercriminels réinjectent-ils leurs gains frauduleux ? S’il n’existe aucune étude spécifique sur la question, un début de réponse a été involontairement donné par les principaux intéressés. Un forum undergound, réservé aux russophones, aborde en effet ce thème en profondeur là où les autres forums effleurent, voire n’évoquent pas du tout le sujet. 636 cybercriminels ont même répondu à un sondage pour le moins inattendu : « Où investissez-vous votre argent sale ? ». Le nombre de votants apparaît comme relativement important pour refléter une certaine tendance dans le milieu.

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A la lecture des résultats, il apparaît que les cybercriminels privilégient les mêmes méthodes de blanchiment que la criminalité organisée classique. L’immobilier arrive ainsi en tête du classement, 293 des votants investissant dans la pierre. Cette dernière se révèle être depuis quelques années l’un des meilleurs vecteurs de recyclage, car d’importantes sommes d’argent peuvent rapidement être engagées pour l’achat ou la construction de biens immobiliers. Le fait que certains pays n’imposent pas de vigilance particulière ou ne disposent pas d’une législation juridique adéquate a exacerbé le phénomène.

Les autres cybercriminels s’engagent prioritairement dans les affaires, que celles-ci se réalisent hors ou sur Internet. Pour les 218 d’entre eux s’étant aventurés dans les affaires hors du monde virtuel, les investissements réalisés se révèlent pour le moins hétérogènes. Des salles de casinos, à celles de cinéma, en passant par la construction d’un centre de paintball ou d’un hôtel, les cybercriminels se révèlent dans tous les cas avoir beaucoup de bon sens dans la manière de dépenser leur argent. De véritables « business plan » sont proposés par certains, aidant ainsi leurs « camarades » a débuté leurs entreprises sous de bons auspices.

Exemple ci-dessous d’une partie du business plan proposé par l’un des membres du forum pour la création d’un centre de paintball. Pour un investissement initial de 10 000 à 15 000 dollars et une période de compensation de 6 à 12 mois, l’ensemble de la procédure est indiqué afin d’ouvrir son centre en toute tranquillité.

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Concernant les investissements sur Internet, il est intéressant de remarquer que le métier d’« échangeur de monnaies virtuelles » est une véritable reconversion pour certains. Moins risqué, mais tout aussi lucratif, ce business peut se révéler une véritable mine d’or. Y retrouver certains cybercriminels n’y est donc que peu étonnant et prouve les liens étroits que des échangeurs entretiennent avec leur ancien milieu. Sans surprise, les cybercriminels se révèlent tout aussi frileux que la criminalité organisée classique concernant les investissements risqués. Ainsi, seuls 15% s’exposent au danger de miser leur argent sur le cours des devises, de l’or ou du pétrole. L’achat de titres financiers est lui aussi peu prisé.

Un dernier investissement, jugé comme peu répandu mais en pleine progression, concerne … le monde agricole. D’un écran d’ordinateur à de vastes champs à cultiver, le lien ne paraît pas immédiat mais 9% des votants jugent ce domaine comme un bon moyen de placer leur argent.


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